Un repas à bord du Nautilus

 

Nous arrivâmes dans la salle à manger, où le déjeuner se trouvait servi.

« Monsieur Aronnax, me dit le capitaine, je vous prierai de partager mon déjeuner sans façon. Nous causerons en mangeant. Mais, si je vous ai promis une promenade en forêt, je ne me suis point engagé à vous y faire rencontrer un restaurant. Déjeunez donc en homme qui ne dînera probablement que fort tard. »


Je fis honneur au repas.

Je fis honneur au repas. Il se composait de divers poissons et de tranches d’holoturies, excellents zoophytes, relevés d’algues très apéritives, telles que la Porphyria laciniata et la Laurentia primafetida. La boisson se composait d’eau limpide à laquelle, à l’exemple du capitaine, j’ajoutai quelques gouttes d’une liqueur fermentée, extraite, suivant la mode kamchatkienne, de l’algue connue sous le nom de « Rhodoménie palmée ».

Le capitaine Nemo mangea, d’abord, sans prononcer une seule parole. Puis, il me dit :

« Monsieur le professeur, quand je vous ai proposé de venir chasser dans mes forêts de Crespo, vous m’avez cru en contradiction avec moi-même. Quand je vous ai appris qu’il s’agissait de forêts sous-marines, vous m’avez cru fou. Monsieur le professeur, il ne faut jamais juger les hommes à la légère. 

— Mais, capitaine, croyez que…

— Veuillez m’écouter, et vous verrez si vous devez m’accuser de folie ou de contradiction.

— Je vous écoute.

— Monsieur le professeur, vous le savez aussi bien que moi, l’homme peut vivre sous l’eau à la condition d’emporter avec lui sa provision d’air respirable. Dans les travaux sous-marins, l’ouvrier, revêtu d’un vêtement imperméable et la tête emprisonnée dans une capsule de métal, reçoit l’air de l’extérieur au moyen de pompes foulantes et de régulateurs d’écoulement.

— C’est l’appareil des scaphandres, dis-je.

— En effet, mais dans ces conditions, l’homme n’est pas libre. Il est rattaché à la pompe qui lui envoie l’air par un tuyau de caoutchouc, véritable chaîne qui le rive à la terre, et si nous devions être ainsi retenus au Nautilus, nous ne pourrions aller loin.

— Et le moyen d’être libre ? demandai-je.

— C’est d’employer l’appareil Rouquayrol-Denayrouze, imaginé par deux de vos compatriotes, mais que j’ai perfectionné pour mon usage, et qui vous permettra de vous risquer dans ces nouvelles conditions physiologiques, sans que vos organes en souffrent aucunement. Il se compose d’un réservoir en tôle épaisse, dans lequel j’emmagasine l’air sous une pression de cinquante atmosphères. Ce réservoir se fixe sur le dos au moyen de bretelles, comme un sac de soldat. Sa partie supérieure forme une boîte d’où l’air, maintenu par un mécanisme à soufflet, ne peut s’échapper qu’à sa tension normale. Dans l’appareil Rouquayrol, tel qu’il est employé, deux tuyaux en caoutchouc, partant de cette boîte, viennent aboutir à une sorte de pavillon qui emprisonne le nez et la bouche de l’opérateur ; l’un sert à l’introduction de l’air inspiré, l’autre à l’issue de l’air expiré, et la langue ferme celui-ci ou celui-là, suivant les besoins de la respiration. Mais, moi qui affronte des pressions considérables au fond des mers, j’ai dû enfermer ma tête, comme celle des scaphandres, dans une sphère de cuivre, et c’est à cette sphère qu’aboutissent les deux tuyaux inspirateurs et expirateurs.

— Parfaitement, capitaine Nemo, mais l’air que vous emportez doit s’user vite, et dès qu’il ne contient plus que quinze pour cent d’oxygène, il devient irrespirable. Jules Verne

 

Comparez l'extrait et son adaptation cinématographique. Quels éléments retrouvez-vous? Lesquels sont des ajouts? Quel est le rôle du déjeuner dans le texte? Et au cinéma? (Répondez sur le cahier d'exercices.)